Alger 1958 " la fraternisation"

Alger 1958

Alger 1958. Retour à Alger janvier 1958
Avec des moyens- lesquels?- efficaces en tout cas mais à court terme, la « bataille d’Alger » se termina par la défaite du F.L.N. Nous avions vraiment besoin de cette accalmie dans l'horreur quotidienne.

Plateau des glieres
 Plateau des Glières et le "forum". En gravissant l' escalier monumental de 26 m de large en 3 volées de 33 marches chacune le fameux Forum de près de 4000 m carrés dallé de marbre et l'immeuble du Gouvernement Général qui réunissait tous les services généraux de la colonie  dans 13 étages sur près de 5000 mètres carrés. Et d'en haut une vue magnifique sur la baie d'Alger et les montagnes de Kabylie.

Casbah 16 maiFraternisation
Le 16 Mai 1958, une gigantesque manifestation de « fraternisation » réunit sur le forum des dizaines de milliers d’algérois européens et musulmans.
Jacques et moi avons, dans la cohue qui scandait: "Algérie française" et chantait la Marseillaise, fendu la foule du forum, curieux, sensibles à la spontanéité et sincérité de beaucoup, fatigués des violences, des exactions et de l’horreur qui touchaient indistinctement  toute la population.  Mais des arabes entassés dans des camions, drapeau français à la main, le regard un peu perdu, semblaient avoir été amenés là pour faire de la figuration. Une mise en  scène. Une "mascarade? » fut le mot que nous échangeâmes, navrés.
La faille était déjà trop profonde. Trop de massacres et d’horreurs ! De frustrations et de rancœurs ! La fraternisation ? Nous n’aurions demandé qu’à y croire ! Nous y étions prêts.
Mais dès fin Juin 1956  les 3 jours de chasse à l’européen dans les rues d’Alger avaient entrainé des représailles de l’O.R.A.F organisation de résistance de l’Algérie française du Dr kovacs. L’attentat le plus meurtrier rue de Thèbes dans la kasbah avait détruit 5 maisons et fait au moins 15 morts et 14 blessés.
La radicalisation et le désir de vengeance des deux bords  étaient-ils réversibles ? Et le F.LN était convaincu de l'efficacité auprès des populations du terrorisme qu'il n'hésitera pas à exporter même en métropole. "Le peuple suit la terreur" avait proclamé Zighoud Youssef, l'un des meneurs du massacre du 20 Août 1955 qui ouvrit l’escalade de la peur et de la haine, le cycle terrible, infernal des massacres et représailles.
  Et surtout  le F.L.N. était convaincu de sa victoire non militaire mais politique.
 Après l'annonce de la consultation des Algériens sur "l'autodétermination": association avec la France ou Sécession le 16 Septembre 1959, 70% de la population en France approuvaient la politique du Général de Gaulle. Massu le vainqueur de la "Bataille d'Alger" avait été muté et se sentait trahi. Et le 24 janvier1960 début du siège d'Alger par les partisans de l'Algérie française. La 1ère fusillade fit 20 morts et 150 blessés.
 Mais au bout d'une semaine " la semaine des barricades" l'insurrection s'effondra et les activistes s'enfuirent ou furent arrêtés. 
 Le F.L N. a aussi trouvé tous les soutiens auprès des jeunes nations africaines, des anciennes colonies et de la Chine. Mao reçut Ferrat Abbas avec l' hommage dû à un chef d'Etat avec drapeau et hymne algériens en Février1960.
Pour la dernière fois le 9 Decembre 1961 de Gaulle vint en Algérie. Colère des Algériens, liesse à la Kasbah. La Kasbah est bouclée, les populations civiles sont au coeur de l'affrontement et pendant 5 jours le sang coula dans "Alger la sanglante" que nous venions de quitter juste 3 mois auparavant. Ma mère qui habitait toujours 13 rue Fourchault à Bab El Oued venait aussi de nous rejoindre à Paris et le sort lui a épargné l' insoutenable siège de Bab El Oued et l'horrible, injustifiable tuerie de la rue d'Isly le 26 mars 1962.

Le départ du boulevard Galliéni à El Biar banlieue d'Alger le 5 Septembre 1961 Extrait du texte Saint Raphaël enfin ! Chap VIII le voyage de retour Mars 2014

 Mars 2014  retrouvailles avec notre dernier modeste appartement Bd Galliéni à Alger, avant l'exode.
En redescendant vers le très long bd ex Gallieni aujourd'hui Bougara et l'enfer de la circulation, j'ai fini par reconnaître, depuis l'auto en marche, le petit immeuble où nous avons vécu 3 ans et demi de 1958 à 1961 et dont j'avais oublié le numéro. Peut-être le 243 ? De toute façon les grands immeubles se sont multipliés, le garage en face, la très ancienne station Shell à côté qui devaient me servir de repères et les terrains vagues ont disparu et le 243 ne pouvait plus être le 243, contrairemant à Constantine où le 44 est toujours 44 parce qu'on n'avait pas pu construire davantage sur le bord du ravin ! mais Zina un peu énervée par les embouteillages s'entêtait à chercher un 243 !
A vrai dire tout a tellement changé autour. Beaucoup de constructions ont modifié le paysage et soudain un curieux sentiment de déjà-vu me poussa à demander à Zina de s'arrêter sur le trottoir. L'immeuble décrépi a beaucoup vieilli. Curieux cheminement de la mémoire et reconstruction du passé ! J'ai d'abord reconnu l'immeuble contigu avec ses petites terrasses couvertes. La terrasse décalée sur laquelle j'avais une vue plongeante est maintenant fermée d'un vitrage mais je me souvenais avoir échangé un peu avec cette voisine qui étendait là et je n'ai qu'ensuite reconnu l'immeuble où nous habitions. Sur la photo ci-dessous datée de 1957-58 environ avec Jac au balcon, on distingue bien la petite terrasse où la jeune maman étendait chaque jour les langes des bébés. Les couches culottes jetables n'existaient pas.

                                                                                                    Photo de 1958 avec Jacques au balcon et les langes étendus sur la terrasse de l'immeuble contigu..  

El biar jac au balcon 1955
                                                                           ci- dessous    Mars 2014  Les terrasses sont fermées
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Du 2ème étage, j'avais une vue plongeante à ma gauche sur la petite terrasse couverte désormais fermée par des baies vitrées. C'est grâce à cette terrasse que j'ai reconnu l'immeuble qui a perdu beaucoup de son lustre d'antan "Art Déco" "années 30" (crépi blanc et marbre dégradés, aspect négligé, climatiseurs, linge étendu, paraboles qui parfois ont disparu mais les supports métalliques rouillés restent plantés dans les murs, des grilles ont été installées devant les fenêtres du 1er étage et la terrasse de l'immeuble contigu contre les intrusions ...)

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 Notre appartement ? Deux fenêtres au 2ème étage sur de petits balcons. Une chambre et un petit séjour-salle à manger. Sur la cour intérieure, sur un long balcon, une autre chambre, cuisine et salle de bains.


 

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Portail et architrave. Ce sont ces détails, lignes géométriques, décorations colorées, art déco années 30 qui m'ont permis, en Mars 2014, lors de mon voyage de retour en Algérie, de reconnaître avec certitude l'immeuble du Bd Galliéni  méconnaissable dans un environnement urbain complètement transformé plus d'un demi- siècle après notre fuite.

 L'arbre malingre devant l'immeuble a manqué de tuteur et le parement de marbre de l'entrée est terne et dégradé.

 

Le Départ 5 Sept 1961. Du soleil d'été de Tichy à l'automne normand et l'hiver parisien dans le "sous-marin".(voir texte suivant).

De ce petit appartement à El Biar, banlieue d'Alger, nous avons préparé notre départ définitif. Persiennes  fermées et lumières éteintes à cause des menaces, nous avons entassé l'essentiel dans des valises, abandonné tout et la clé à un déménageur et nous avons fui l'enfer avec nos 2 bébés. Le 5 Septembre 1961 nous prenions pour Paris un avion d'Air France.
Notre Peugeot 403 fut embarquée dans le port de Bougie.
 

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