Le massacre du 20 aout 1955:"Le tournant".

Alger 6.


 Le 20 aout 1955  « le tournant ».
. La terreur arme de guerre.

Zighoud Youssef :
« Le peuple suit la terreur »

Après quelques sorties à la plage avec jacques le Dimanche, nous avions, Josiane et moi, quitté Alger pour des vacances d’été en France avec notre père.
En Algérie ce fut le déchaînement de la barbarie.
Le 20 Août, date anniversaire de la déposition du Sultan Ben Youssef, avait été choisi en signe de solidarité avec le Maroc. L’Istiqlal avait promis que le sang coulerait  ce jour- là. Et il coula !
En Algérie, le principal responsable du F.L.N. du Constantinois, Didouche Mourad avait été tué lors d’un accrochage avec l’armée française, le 15 Janvier 1955. Son successeur Zighoud Youssef qui proclamait : « le peuple suit la terreur » et Ben Tobbal, fanatique irréductible, les deux meneurs, recréèrent l’escalade de la peur et de la haine, le cycle terrible, infernal des massacres et représailles, revanches et contre revanches que l’Algérie avait connus  en 1945. Ce sera la tragique histoire de ce pays pendant 7 ans.
Cette fois, il ne s’agissait plus d’épargner les civils selon la consigne de Novembre 1954. Des muezzins avaient, du haut de leurs minarets, appelé à la guerre sainte, au Djihad.
«  Hurlant et possédés » dirent les témoins qui virent soudain, le Samedi 20 Aout 1955, déferler les émeutiers. Des fellahs armés de bâtons, de hâches, de couteaux, de pioches, de fourches, de serpes, de fusils de chasse se ruèrent dans les rues de Constantine, de Philippeville et dans les villages des montagnes environnantes : El Arrouch, Oued Zenati, Ain Abid, Collo, El Halia, village minier où furent massacrés 72 européens et 51 musulmans qui s’interposaient. Ce Samedi après-midi d’été,  la population se pressait sur  les plages. Des civils furent abattus.
 Mme Marcelle  Benchetri  35 ans, la sœur de notre ami  proche Charles M., originaire de Bougie, fut tuée avec son mari Emile Haim Benchétri  et ses deux enfants Marie Joëlle, 5 ans et Nicole, 3 ans  sur la route de  Philippeville à St Charles (17 km) à midi. Ils  revenaient en auto de la plage de Philippeville où ils avaient passé la matinée. Le mari émasculé, puis étouffé avec sa propre chair suppliciée, puis la femme et les fillettes massacrées à coups de hache. Cette fois je ne renonce pas à l’impudeur de relater des détails atroces, à dénoncer la sauvagerie,  parce que j’ai lu qu’une historienne, C. M- C. ne recensait que deux européens «seulement» tués à Philippeville ! Elle parle de  "désinformation" à propos de cette journée du 20 août 1955.  Pourquoi ? Dans quel but minimiser l’horreur que nous avons vécue ?
  Et toute une famille qui ne parvient pas à oublier, 59 ans après !
 A Constantine, où ma famille maternelle terrorisée est restée terrée, mon oncle Paul témoigne, le neveu de Ferrat Abbas fut tué dans sa pharmacie. En représailles, des arabes innocents étaient pourchassés et tués dans les rues. A l’agression atroce, d'une sauvagerie inouie répondit une terrible répression . Là est la vérité!
Jacques Soustelle, le gouverneur de l’Algérie, qui défendait jusque-là l’idée de « pacification », d’intégration, venu s’incliner devant les corps suppliciés, mutilés des femmes et des enfants d’El Halia, horrifié, laissa désormais carte blanche à l’armée. Le 30 Août « l’état d’urgence » est étendu à toute l’Algérie. 180000 « libérables » sont maintenus sous les drapeaux, 60.000 soldats du contingent, récemment libérés sont rappelés et s’ajoutent aux C.R.S, gendarmes, légionnaires et parachutistes déjà en Algérie. Il ne s’agissait plus «d’opérations de maintien de l’ordre».
La France entrait en guerre, 7 années de guerre, de confusion jusqu’à l’anarchie et le chaos.

« La motion des 61 »
Un mois après les massacres du 20 Août 1955, 61 élus musulmans publiaient un communiqué qu’on nomma «  motion des 61 » dans lequel ils déclarèrent : « la politique d’intégration est dépassée. La majorité des  populations est acquise à l’idée nationale algérienne ».

A moins de se complaire dans l’illusion, tout dans l’histoire du XXème siècle nous alertait sur l’évolution inéluctable de la situation en Algérie : les humiliations successives de la France en 1940, en 1954 en Indochine, la décolonisation sur tous les continents, l’insurrection algérienne étant inséparable d’un mouvement historique qui n’épargnait aucune des colonies d’aucune métropole, la naissance du « Tiers Monde », 29 pays proclamant leur solidarité avec l’Algérie combattante, l’indépendance acquise du Maroc et de la Tunisie,  une société cloisonnée, inégalitaire, le déséquilibre démographique, la difficile sinon impossible intégration à court terme de populations de religion, de culture, de niveau social et économique différents, la misère des campagnes, 9 algériens sur 10 ne sachant ni lire ni écrire le français, les révoltes sauvages.
 Pourquoi les Algériens accepteraient-ils un statut inférieur, à leurs yeux, à celui du Maroc et de la Tunisie ? Beaucoup de citoyens français, population très minoritaire, (1.000.000 contre 20.000.000)   concentrée dans les grands centres urbains essentiellement, ont très tôt compris qu’il leur faudrait quitter ce pays.
Dès 1956 ma famille de Constantine, enracinée  pourtant sur cette terre depuis des siècles, sinon des millénaires, se prépara au départ. C’est dans les Aurès et le Constantinois, en effet, que la violence se déchaînait d’abord. À Constantine le 5 Août 1934 des hordes de fellahs égorgeurs contre la communauté juive minoritaire sur un prétexte futile, une fausse rumeur, à Sétif en 1945,  en Novembre  1954 et le 20 Août 1955 qui sonna pour les miens le glas de notre présence en Algérie ! «  La conquête des cœurs » était une utopie ! L’utopie se fracasse contre le mur de la réalité !

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Commentaires (1)

1. Mathiot Michel 24/11/2013

Bonjour,
Je suis né à Philippeville en 1950.
Je trouve le présent texte très intéressant et surtout très mesuré.
J'aimerais entrer en contact avec vous. Vous avez mon adresse email.

Bien à vous
Michel Mathiot

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