Abraham Sicsic mon grand-père

Abraham Sicsic, mon grand-père

: Tlemcen 1948-1952.

Voir pour compléter : I Préambule, texte sur Tlemcen.
                                     VII Alger et l'exode:visite de Kheira, EPS Tlemcen.

Ma famille paternelle à Tlemcen 


Mes grands-parents SICSIC.

 Abraham Haiem Sicsic (né et mort à Tlemcen 28.7.1865- 30.12.1927)
 Nouna Sicsic née Sicsic (Tlemcen 24.9.1876- Oran 8. 6.1946)


   Mon grand-père   Abraham Sicsic.
Une branche de la famille Sicsic, surtout des commerçants et des artisans  semble-t-il, serait, après bien d’autres errances et étapes, originaire de Bogarhi  (Beragouia)  et Tlemcen et de là certains auraient essaimé à Oujda, Marnia, Turenne. Vers 1600, on signale  Siksik Eliezer à Tlemcen et  Sicsic Said et Abraham et Josué ses frères de Tlemcen, des notables de la communauté juive, sont cités dans l’introduction de Zevahin Chelemim de Abraham N’kaoua (un descendant du Rab de Tlemcen ?) publié à Livourne en 1862. Ce qui prouverait au moins qu’ils étaient versés dans l’étude de la Thora et du Talmud.
 La présence de la famille Sicsic à Tlemcen remonterait donc à plusieurs siècles.
Notre patronyme Sicsic,  avec toutes ses variantes : Checkchick, Sacksick, Sicsic, Siksik, Cixou, et même Siksük( très proche phonétiquement de l’oued Ksiksu)  trouvé récemment à Gérone, au Musée Juif de cette ville, sur une liste de noms juifs d’origine marocaine   etc…pourrait être un toponyme, un cours d’eau au Maroc s’appelle Ksiksu au sud de Tazetot, entre AÏn-Aougdal et Sidi Nefati, dans la région de Boujad  près de Marrakech. Le nom d’une tribu fixée là ?
 En arabe dialectal  « saqsaq » et en Standard « zagzaga »signifie gazouillis, ce qui n’est pas incompatible avec l’eau qui coule même d’un oued. Je me plais à imaginer que notre nom serait une jolie onomatopée !
 Quelle que soit son orthographe  qui variait lors de la transcription sur les registres d’Etat Civil au cours du recensement par l’administration française, notre patronyme atteste de l’enracinement très  ancien de notre famille sur cette terre africaine. D’ailleurs peu de juifs portaient un patronyme hébraïque ou araméen. Certains en ont fait un  argument contre le sionisme, mais même si nous n’avons pas partagé la même terre il y a 2000 ans, dans la lointaine Palestine, nous avons à toutes les époques partagé le destin de ce «  peuple » méprisé, rejeté, chassé, persécuté, qui comme tous les peuples dans l’histoire a besoin de s’enraciner, un jour, ce que ni les hommes ni l’Histoire ne lui ont permis de faire jusqu’en 1948.
Le patronyme Karsenti de la mère d’Abraham, Leha Bent Karsenti, est attesté au Maroc dès la 1ère moitié du XVIème siècle. Son origine est hypothétique : ethnique de nom de lieu en Espagne ? le mot portugais « crescente » croissant de lune ? référence aux originaires de la ville de Carcassonne, chef-lieu du département de l’Aude en France ? le Carcasenti  serait devenu Carcenti ?
 Ma grand’mère Nouna Sicsic disait que sa famille était arrivée en bateau mais elle ne savait  ni quand ni d’où.
De toute façon, ces ancêtres Karsenti ne pouvaient être arrivés au Maroc qu’en bateau, d’Espagne, du Portugal ou de France lors des expulsions des juifs de ces pays au Moyen Age. Probablement des juifs en fuite d’Espagne et du Portugal au XIVème siècle, après les émeutes antijuives de 1391 ou au XVème, lors de la Reconquista, après le décret d’expulsion de 1492 de Ferdinand et Isabelle La Catholique, qui touchait aussi les Musulmans.
Et ceux-là d’où venaient-ils
à l’origine ? Sont-ils arrivés avec les Phéniciens pour faire du commerce ? Ont-ils suivi ou fui les légions romaines ? D’où ont-ils été pourchassés ?
J’aime à évoquer ces ancêtres dont parlait ma grand’mère «  arrivés en  bateau », sans plus de précision.
On connait la légendaire équipée du rabbin de Séville qui, emprisonné et condamné à mort, dessina un bateau sur la muraille de son cachot, en implorant la miséricorde de Dieu. Avec ses 60 compagnons qui partageaient son sort, il embarqua sur le bateau qui traversa, invisible, les murs et les remparts de Séville pour gagner l’Algérie. Cela se passait en 1391, quand le dieu des juifs faisait encore des miracles !
On raconte aussi qu’en 1391, Rabbi Ephraïm Aln Kaoua, « la lumière d’Israël », que Tlemcen vénère comme un Saint, fuyant sa ville natale Tolède, traversa la Méditerranée et s’en vint en Tlemcen, monté sur un lion avec un serpent en guise de licou. La tombe du Rab était l’objet d’un pieux pèlerinage populaire (Hiloula) à la période de l’Omer (33 jours après Pâque). En foule, nos coreligionnaires venaient sur la pierre blanchie à la chaux du « tombeau du Rab », «faiseur de miracles ». Donc déjà au XIVème siècle existait  une communauté juive, condamnée alors à vivre à l’extérieur des murs, dans le faubourg d’Agadir. Le Rab obtint pour les siens, à Tlemcen, grâce à ses talents de médecin «  droit de cité » et 7 lieux de culte.
 En 1850 les juifs étaient environ 2500 à Tlemcen.  

A Tlemcen donc, cinq siècles plus tard, au XIXème, Il était une fois deux frères, mon arrière-grand-père  Liaou Sicsic et mon grand-père Abraham Haiem  Sicsic  issus d’une nombreuse famille.
J’ignore la date de naissance de  leurs parents  Said Sicsic « marchand » décédé le 4. 1. 1899 et Lela bent karsenty,  décédée deux ans avant son mari, le 23 mai 1897.
Une hypothèse : Abraham Sicsic (1800-1850) époux de Rachel Sultan, serait notre aïeul et aurait eu, entre autres nombreux enfants, deux fils : Nessim 1830-1885 époux de Chabba Benkimoun et Said, mon aïeul.
 La première photo de mon album souvenir est celle de mon  grand-père Abraham Haiem Sicsic. Il a un beau visage noble. Un teint et des cheveux raides  clairs, des yeux marron. Enfant, il fut blond.  Les blonds souvent aux yeux bleus ou verts, type berbère dérivé du type européen nordique, se retrouvent dans toutes les branches de notre arbre généalogique. J’en ai connu aussi parmi mes condisciples musulmans à Tlemcen. Mon père, lui-même  blond dans sa petite enfance,  évoquait sa cousine Lea Sicsic, épouse Benzaken, une autre Léa Sicsic, épouse de jacob Amouyal, morte en 1939, Sarah Sicsic ainsi que son cousin germain Félix Sicsic, Ingénieur chef du cadastre marocain, brillant sujet bachelier à 16 ans, et qui avaient tous des yeux bleus. Nous ne sommes certainement pas que sémites arrivés de Palestine, d’Egypte ou de Babylonie après avoir traversé déserts et mers. Une branche de notre famille ou plusieurs, descendraient de tribus « guerim » prosélytes berbères converties au judaïsme ? ou d’unions mixtes juifs- berbères ?  
 
Rue moulay taieb ou est ne abraham en 1865
Abraham est né rue Moulay Taieb ( la photo date de1987 une maison en démolition) à Tlemcen département d’Oran, le 28 juillet 1865, « juif indigène », il devient citoyen français à l’âge de 5 ans quand est promulgué le décret Crémieux le 24 Octobre1870 qui confère la qualité de «  citoyen français » aux juifs d’Algérie. Ce décret qui a suscité tant de frustrations chez les musulmans et attisé la haine des antisémites si virulents déjà à cette époque. 
Il était d’une famille aisée, cultivée et évoluée. Des « mécènes » pour la communauté, disait la rumeur. Mais peut-être, avec le temps et la succession des générations, une pratique plus tiède de la religion et un trop grand modernisme fit chuchoter avec humour qu’ils étaient «Emona hadacha », d’une « foi nouvelle ».
Les familles étaient très nombreuses alors, et oncles et neveux étaient souvent contemporains.
 Abraham était artisan tailleur européen, à distinguer des tailleurs indigènes. Il avait une très bonne réputation. Il recevait les clients dans une grande boutique, rue Ximenes, avec une vitrine d’exposition très moderne pour les tissus. Dans l’arrière-boutique ouverte par des fenêtres sur la rue, un vaste atelier avec de nombreux ouvriers. Lui-même travaillait, selon mon père, assis sur son comptoir, les jambes croisées, pliées «  en tailleur ». Mais il prenait aussi le temps de se détendre. Tous les jours, à la pause de midi, les ouvriers partis et l’atelier fermé, seul et au calme il sirotait une absinthe (elle n’était pas encore interdite) en jouant d’une très petite mandoline : la « gniby ou gnibri »*.  Il faisait aussi de petites pauses au café qui se trouvait juste en face et commandait un « chamboro »* un café au rhum.
   Une médaille en argent,  en ma possession, récompensa  son travail en 1912. Il avait 47 ans alors et probablement travaillait-il depuis plus de trente ans ! 
  Superbe médaille en argent massif, gravée à son nom, datée 1912 du Ministère du Commerce et de l’Industrie, avec une plantureuse Marianne enchignonnée, les joues rebondies et un drapé à l’antique. Le ruban bleu blanc rouge et la mention «  République Française »devaient remplir de fierté mon grand-père, devenu français à 5 ans. (Voir photo à la fin.)
A 27 ans en 1892, il épousa sa nièce Léah, la fille de Liaou et de Méléah Sicsic  qui avait 20 ans. Leha mourut en 1899 à 27 ans. Le petit Sion, son fils, n’avait que deux ans. Deux ans plus tard, Abraham se remaria le 12 mars 1902 avec la sœur de Leha, son autre nièce Nouna, ma grand’ mère. Elle avait 24- 25 ans. C’était l’usage jadis dans nos familles. Ainsi le petit orphelin Sion fut élevé par la sœur de sa mère.
La famille vivait dans un bel  immeuble bourgeois de style européen 2 rue Clauzel, avec un grand balcon à l’angle de deux rues. Mes grands-parents Abraham et Nouna eurent 9 enfants entre 1903 et 1921. Seuls 4 survécurent : mon père Marcel, 1903- 1981 ; Emilie Léa, 1905- 1975 ; Berthe, 1907- 1994  et Germaine Alice née en 1914  qui mourut à l’hôpital psychiatrique de Blida, où elle s’est laissée mourir avant d’avoir trente ans après un bref mariage malheureux, pendant la guerre.
 Cinq enfants donc sont morts en très bas âge, quatre à moins d’un an et une, Colette Marie, à 2 ans.  La mortalité infantile était importante à l’époque, mais peut-être aussi y avait-il trop de consanguins dans cette famille ! Méléah née Sicsic, mon arrière grand’mère, la mère de Leha et Nouna,  était aussi de la parentèle  et toutes les deux ont épousé leur oncle Abraham Sicsic, frère de leur père Eliaou.
Je n’ai pas connu mon grand-père Abraham, mort en 1927 avant ma naissance, d’une maladie pulmonaire*. De mon grand-père Abraham Sicsic, je n’ai qu’un portrait, la précieuse boîte rouge avec son écrin de velours rouge et le ruban bleu blanc rouge qui contient la médaille sculptée par Alfred Borrel et deux photos très abîmées prises dans le très moderne et vaste atelier de la rue Ximenès en 1932 par son fils Sion.



*Je note que Sion, son fils (4 septembre 1897-31 dec.1961) fut aussi atteint d’une grave maladie pulmonaire : une pleurésie purulente, pour laquelle il fut hospitalisé à Oran pendant un an en 1939- 1940.
A la mort d’Abraham, il prit la suite de l’atelier et des ouvriers. Il céda l’atelier en 1936. 

Tlemcen zerda chiche epouse de sion sicsic 2Tlemcen la mere d albert 2

   














Epouse de Sion. Zerda Chiche travaillait aussi dans l'atelier.

**Jacques Guy Benhamou auteur de : A la recherche d’une communauté disparue, Les juifs de Tlemcen de 1870 à 1962
 a eu l’extrême gentillesse de décrypter pour moi ces mots gniby et chamboro. Et de m'encourager avec un proverbe judéo arabe un jour de découragement.
Je le cite :
Gniby ou gnibri désigne une mandoline d’une petitesse un peu ridicule, cette nuance étant
implicitement suggérée par la sonorité du mot.

Chamboro : il s’agirait d’une déformation de «  Chabrot » «  faire chabrot » c’est mélanger du vin à sa soupe, habitude qu’avaient les paysans et à laquelle furent initiés les combattants de la guerre 14-18 et notamment les
combattants juifs qui la conservèrent à leur retour dans leurs foyers.

 Ma ikba khad proverbe judéo arabe cité à Tlemcen :  équivalent du "carpe diem" ou "don't worry be happy" ou du " dans la vie faut pas s'en faire"  refrain d'une chanson de Maurice Chevalier.(1934)


 



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La médaille en argent recto verso sculptée par Alfred Borrel, graveur de renom. 1912.

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Commentaires (1)

1. achachera (site web) 06/03/2015

bonsoir je connais tres bien cette ruelle a l'ocasion je t'invite a mon groupe de tlemcen
https://www.facebook.com/profile.php?id=100009101930114
c mon lien de facebook tu peux majouter merci

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