Yolande deux tragédies


YOLANDE : deux  tragédies mais l’amour de la  vie.

Adeline mariageLa mort d’Adeline, la sœur d’Armand, terrassée par une crise cardiaque à 35 ans, sur une plage de Philippeville (aujourd’hui Skikda) le 8 Juillet 1951 fut une  épreuve tragique.
Pour une journée à la plage, à 85 km de Constantine, 4 adultes et 4 très jeunes enfants s’étaient entassés dans la 4 C.V. d’Armand.
Au retour,  dans l’auto, devant, Jules Atlani, le mari d’Adeline et  Armand qui conduisait, et derrière, Yolande qui tenait le corps raidi d’Adeline. Les enfants, Jean-Lou, Geneviève, et les deux petits de 2 et 3 ans Yves et Gérard, désormais orphelins de mère avaient été confiés, pour le retour, à d’autres membres de la famille.
Adeline avait de fréquents malaises,- je l’ai vue un jour défaillante, appuyée contre une cheminée-. Elle avait attendu  le retour de Jules A., longtemps prisonnier de guerre pour se marier. Elle avait attendu aussi pour avoir des enfants.  Aujourd’hui, soignée, Adeline aurait survécu.
 Sa mère est morte à plus de 100 ans à Epinal. A son décès, sous son oreiller, un livre de prières en hébreu et un couteau.  Dans le malheur, la superstition est parfois un recours, le sentiment que l’on peut  se prémunir ou agir contre tout.
 (photo du mariage d'Adeline confiée par son fils Gérard. Yolande est fille d'honneur)

 

Jean Lou et Geneviève

Yolande, qui a eu deux enfants brillants, Jean-Lou,  qui vit en Amérique, et Geneviève, avocate à Paris, a connu une autre tragédie. Elle perdit son premier bébé, pendant la guerre, quand les chirurgiens gynécologues  juifs  étaient interdits d’exercice par les mêmes lois infâmes qui l’avaient déjà privée de son travail. Un chirurgien militaire « aryen »,  boucher  incompétent,  pratiqua une césarienne qui la laissa horriblement mutilée, entre la vie et la mort, plusieurs semaines. Dans sa chambre d’hôpital, grand-père priait devant la fenêtre, en regardant le ciel.  Pendant 8 longs mois, elle resta à la clinique Gozlan 51 rue Nationale dont les médecins juifs étaient interdits de pratique.
 Elle garde de cette intervention criminelle, suivie par la perte d’un autre bébé un corps meurtri et une blessure que seul son amour de la vie a peut-être cicatrisée.   

 Yolande, curieuse de tout, s’intéresse à la politique, à l’art, lit beaucoup. Restée très proche de sa famille, elle est d’un exceptionnel dévouement.
 Jeune adolescente, à Constantine, je la suivais sur tous les marchés, je m’enfonçais avec elle, à peine méfiante, dans les ruelles du quartier arabe. Elle savait reconnaître un beau fruit mûr et pas suret, une courgette sans son duvet, amère, une prune ou un raisin sans leur pruine, moins frais, des melons et pastèques gorgés de suc, un poisson à éviter, l’œil terne et l’écaille affaissée. Elle savait où trouver le marchand arabe qui vendait les pêches de vigne les plus juteuses et parfumées  et celui qui fabriquait le petit lait le plus doux et le plus onctueux, le boucher arabe qui vendait vraiment de l’agneau de lait, et tant pis pour la cacherout ! J’en ai gardé toute ma vie l’amour des marchés et de la beauté de leurs étals.
 J’étais plutôt maigre et pas très gourmande mais j’adorais le beurre et  elle me mettait sans cesse en garde, aussi, contre la mauvaise graisse accumulée des femmes.

 

Lucie et Bécassine

Elle aimait  créer, des tapis,  des jouets (Ah ! cette Bécassine en tissu et tricot réalisée pour Noémie et qui trône aujourd’hui, bien toilettée dans la chambre de son arrière-petite-fille Lucie !), des  travaux d’aiguilles méticuleux et raffinés. Merveilleux châles crochetés pour  Sarah et Clara, mes deux premières petites filles !

galettes salées

Avec sa jolie main blanche aux longs doigts effilés, elle sculptait avec délicatesse, en la pinçant, la pâte des  corbeilles aux amandes (knedlettes) ou celle des petites galettes salées constantinoises trouées à la main, et non avec une roulette à trous. Je reconnaissais, entre toutes, ses pâtisseries à leur finesse et régularité. 
 Dévouée à sa famille, elle l’était aussi à « ses  petits » de l’Ecole Maternelle dont elle était Directrice, à Epinal. Honorée des Palmes Académiques, elle les a quittés, avec regret  et des larmes en 1979.
 Yolande aime partager les joies. Elle est d’une nature généreuse, capable d’enthousiasme.  Elle éclate alors facilement d’un bon rire franc.
                                                                                                                                      
Armand et elle sillonnaient les routes de France  en auto, découvrant, admirant. Toujours prête pour la fête, à 80 ans, elle m’a entraînée  une semaine en Israël en 1999 pour assister à la Bar Mitsva d’Ami- Haï le petit-fils de sa sœur Mireille alors qu’Armand, vieilli, était resté à  Aix-En Provence.
 Je suis heureuse de la savoir aujourd’hui, en 2012, arrière-grand-mère d’une petite Clara, prénom de sa mère et donc de ma grand’mère Melki.   Mais aussi d’une de mes petites filles. La chaîne n’est pas rompue !
Elle est rattrapée doucement par l’âge et la maladie, mais elle a su garder, au téléphone, son enthousiasme et sa voix claire et jeune pour dire merci au travail de mémoire que je fais ; « Merci ! Merci ! Merci ! Ma fille chérie ! »..


Adeline

Commentaires (1)

1. ATLANI Gérard 29/02/2016

c'est avec beaucoup d'émotion que j'ai parcouru ce merveilleux souvenir.....mais je ne sais pas qui vous etes ....c'est avec plaisir que je souhaiterai échanger avec vous .... Dans l'attente de vous lire
Cordialement
Gérard ATLANI

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