"Tania", le hénné, et tevila à Constantine



La jeune fille et le mariage juif dans les années 30 et 40 à Constantine et Tlemcen. (voir aussi plus haut le texte intitulé "la jeune fille rangée")


A Constantine, j’ai vraiment vécu la totale métamorphose de la population juive avec le contraste entre la vieille génération encore souvent ancrée dans son passé et les nouvelles totalement assimilées à la France et à la civilisation occidentale. Constantine, ville de l’intérieur, perchée sur son rocher, inaccessible comme un nid d’aigle, inexpugnable même pour Jugurtha, est restée longtemps fermée aux influences extérieures. La population juive si longtemps repliée sur elle-même, conservait des vestiges du long passé arabo-judéo-berbère. Des femmes âgées, comme du temps pas si lointain où l’Algérie faisait partie de l’empire ottoman, gardaient la langue, les rituels partagés, les croyances notamment superstitieuses, les habitudes alimentaires, le goût oriental des riches étoffes, des bijoux, des broderies au fil d’or, et les imposaient en quelque sorte aux jeunes générations au nom de la tradition, au moins pour certaines célébrations.
J’ai connu aussi le contraste dû à l’évolution des mœurs, entre la « jeune fille rangée » d'avant- guerre, « jeune fille à marier » toujours chaperonnée, qui ne pouvait que rêver en attendant un mariage «  arrangé » par les familles, avec tractations souvent au sujet d’une dot, et la jeune fille émancipée par les études qui, avec un métier, avait gagné son autonomie et le droit à un mariage d’inclination, sans intercesseurs.  
           

  On vivait une époque de transition. La jeune génération était totalement occidentalisée et, en l’absence des hommes,  les femmes avaient découvert, pendant la guerre, le monde du travail et l’indépendance financière, comme en France, mais certains rites judéo-arabes ancestraux qui faisaient partie intégrante de la vie traditionnelle, s’imposaient encore.

 La « Tania »,  le rituel paien du henné est une cérémonie traditionnelle orientale qui faisait partie des célébrations du mariage juif comme musulman. Cette vieille tradition berbère, arabe et juive, donnait lieu, chez les juifs, à une petite fête, après les fiançailles, dans la semaine précédant le mariage. On accordait au henné, rempart contre les éléments extérieurs nuisibles, des vertus de magie sympathique, une valeur médicinale, cosmétique et, en particulier chez les berbères où les tatouages au henné étaient souvent d’un grand raffinement aux signes mystérieux, un pouvoir de séduction.

  
 


 









La fiancée juive, habillée de rose, à l’orientale, en vêtements traditionnels le plus souvent, et toutes les jeunes filles à marier parentes ou amies recevaient dans le creux de la main de la pâte de henné attachée avec une gaze et un ruban rouge. Avec un louis d’or dans celui de la future mariée.



 
Inde main  Inde henne 10


  En Inde où on pratique aussi le rituel du hénné la main de ma fille Pascale. 7 Novembre 2015.


 






La mère du marié offrait  une corbeille capitonnée de satin rose avec des mules, des anneaux ouverts pour les chevilles (khelkhal) (que la jeune femme ne porterait jamais, bien entendu) et de gros serpents en or et, avec des « youyous » 
bien sonores, certaines femmes faisaient une démonstration de «  danses au foulard » sur de la musique arabe. La jeune fille moderne se prêtait, parfois, un peu contrainte à  ces  réjouissances typiquement judéo-arabes. La danse au foulard est un art qui ne souffre pas la médiocrité.

Seules les femmes étaient conviées à ce rituel festif.



  1987 tania de Pascale à Paris . Ma soeur Josiane et Sarah.



3 mains au henne
 Chez des amis au Maroc printemps 2015 au mariage de Lalla Itri J. et de sa soeur.

Main au henne

Novembre 2015 la main de ma fille Pascale, en mission médicale en Inde.

 

La « Tevilah » « l’immersion »en hébreu, et «  baptême » en Grec, rituel du bain de purification, avec immersion totale, rite ancestral, dans la tradition religieuse biblique juive mais célébré à l’orientale,  avait lieu au bain maure la veille du mariage. Le Vendredi après-midi avant le Shabbat, la fiancée était accompagnée au bain rituel : « le Mikvé » (littéralement « collection d’eau ».) Un « mahbès », un grand pot en cuivre contenait les serviettes et le nécessaire de toilette. Une « tassa », en cuivre également, servait à s’asperger.












Après une toilette très soignée dans la salle commune du bain maure et une douche,  on procédait au bain de purification « la Tévilah », à l’écart, dans une petite piscine avec des marches pour une immersion progressive, pleine d’eau « collectée » (d’où le nom Mikvé) de pluie ou de source à l’origine, pure, transparente, uniquement réservée pour les Juifs à cet usage. La jeune fille, entièrement nue, sans le moindre bijou, ni vernis à ongles, doigts écartés,  rien n’empêchant le contact entre le corps et l’eau purificatrice était complètement immergée, plongée 3 fois, tête comprise, comme pour un baptême chrétien, avec bénédictions et  prières, et l’intercession et l’aide d’une « ballanit ».

  Venait ensuite la dégustation de douceurs. On distribuait des pâtisseries orientales « maison » dégoulinant de miel et des dragées à toutes les femmes présentes indifféremment juives ou pas, apparentées ou pas, toujours avec force « Youyou » !
Puis, vestige encore de mœurs anciennes, parfois avait lieu l’exposition du trousseau, mais à la sortie de la guerre, la pénurie sévissait encore, et les mœurs évoluaient.
Pour le mariage religieux, à la synagogue, la jeune mariée était parée de blanc, tout à fait à l’occidentale, avec voile blanc à  longue traine et filles d’honneur avec bouquets, rubans et dentelles. Elle entrait au bras de son père, très émue au son de la marche nuptiale. Lors de la fête qui suivait, c’est la musique moderne qui s’imposait pour les danses à la mode, avec des cavaliers qui souvent avaient retiré leurs gibus mais gardé leurs «  queues de pie », dans les milieux les plus aisés.