Paul et grand-père

PAUL ET GRAND-PERE.

 Grand-père mourut inopinément le soir du 6 Mars 1984. Il fut très rapidement enterré dès le lendemain matin. Dans la précipitation, Paul, par suite d’un malentendu avec le reste de la famille sur le lieu de réunion et l’heure des obsèques, se retrouva  un moment seul devant le corps de grand-père au funérarium.
Désemparé, impressionné par le silence, il s’adressa à son père : « Tu sais, papa, si je récite pour toi des psaumes que je connais mal, je vais le faire de travers, tu ne vas rien comprendre, et tu ne seras pas content.
Et, en pleurant, il se mit à fredonner des airs d’opéra que grand-père aimait chanter… Opéras auxquels il avait assisté, jadis, avec grand’mère au magnifique théâtre de Constantine : La Tosca de Puccini, Carmen : « toréador »… Madame Butterfly : « je t’ai donné mon cœur ». … « Les  grands yeux noirs » …
Ensuite, Paul exigea du marbrier qu’il coule une chape en ciment sous la dalle de marbre pour éviter l’affaissement. L’ouvrage achevé, il vint voir la tombe et, s’adressant à grand-père : « Tu vois ? Comme ça, tu ne pourras plus venir m’embêter ! ».
Son humour noir, ses provocations effrontées, son insolence sont, en réalité, un exutoire à sa sensibilité, à sa souffrance, à son profond chagrin.
Maintenant, il ne va plus au cimetière : « A quoi ça sert ? Il n’y est plus l » dit-il, en levant les yeux et en pointant son doigt vers le ciel.    
    

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