De El Kantara à Sidi Rached et le Transrhumel

A Constantine les cigognes aussi sont parties !


 

 Une promenade pélerinage.

  Le trajet que nous faisions : longer la gare, puis de droite vers la gauche, le long pont de Sidi Rached vers le centre.
  Je tenais à refaire  cette longue promenade à pied que j'avais racontée dans mes souvenirs, à retrouver les paysages des gorges du Rhumel, les ponts de mon enfance et les nids de cigognes.

Voilà ce que j'écrivais à propos de cette promenade que nous faisions dans les années 1940. ( Voir le texte : " la jeune fille rangée" dans mes souvenirs).
 "Avec elle, toujours « chaperonnée » et Yolande, nous faisions parfois de très longues promenades. Nous partions du bas de la rue Nationale, traversions le Pont d’El Kantara, longions la gare, puis le Pont de Sidi Rached, long viaduc de 447m aux 27 arches dont l’une, au centre, enjambe sur 70 m une gorge du Rhumel profonde de 100 m. Du pont, on apercevait le quartier arabe, les terrasses, les  maisons aux tuiles romaines, le dédale des ruelles et les minarets tout blancs. Sur les toits, souvent, des cigognes blanches à ailes noires de l’espèce commune, craquetaient debout sur leur fagot, une patte relevée, dans leurs nids couverts de brindilles qu’elles désertaient pour revenir en Mars. Elles étaient très nombreuses à Constantine.  Nous revenions vers le cinéma Le Nunez, la Place de la Brèche, rue Caraman, rue de France et rue Thiers.
Le 21 Aout 1946, Mireille se maria et nous quitta".
 
 Aujourd'hui, Mars 2014, plus de nids, plus de  cigognes ! Elles aussi ont quitté la ville ! Mais des paraboles, un nouveau pont visible du Pont de Sidi Rached, le transrhumel presque achevé, des changements très importants dans l'urbanisation sur une des rives seulement du Rhumel, une promenade moins écologique à cause de la circulation et des embouteillages mais intacts l'étonnante beauté fascinante, la magie et le vertige renouvelé des gorges 
 Cette fois nous sommes parties Zina et moi de l'hôtel Novotel, en plein centre, près de la Brèche. J'ai choisi d'emprunter la rue ex Nationale. J'ai pu ainsi pénétrer dans l'Ecole Ampére où j'avais pendant l'année 1944-1945, au Cours Supérieure (à cause des lois d'exclusion de Vichy) préparé le Certificat d'études, les examens de 6ème et de la Bourse avec une institutrice qui ôtait rarement son chapeau même en classe. Les femmes dignes n'étaient jamais "en cheveux" dans la rue, encore à cette époque là.
Je fis dans cette école la connaissance de mon amie Colette, la plus fidèle de mes amies d'enfance.  voir le texte  missions accomplies. Colette habitait 22 rue Alexis Lambert et j'allais l'attendre au pied des escaliers rejoignant la rue Nationale, pour faire la route ensemble vers l'école, puis vers le vieux Lycée Laveran. Elle désirait que je fasse une photo de la fenêtre de la chambre de son enfance à Constantine. Mission accomplie !

 
Colette alexis lambert
La fenêtre de la chambre de Colette 22 rue Alexis Lambert. On lit encore 22 sur la porte d'entrée.
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 L'Ecole Ampère de mon enfance.

 Zina  observe le drapeau sur sa hampe prêt à être levé ! J'ai déjà évoqué l'hymne national qui ouvrait la journée de classe dans la crèche de Mariah à Fort de l'eau.
 J'ai, enfant, connu aussi à l'école à Oran, "lever des couleurs" et chants patriotiques... C'était pendant la "Révolution Nationale" de Vichy, juste avant mon renvoi de l'Ecole en Octobre 1941.

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A l'entrée, drapeau et inscriptions uniquement en arabe. L'unification de la langue est un élément important de l'identité nationale et l'arabe est la seule langue officielle et obligatoire.
 Drapeau, hymne, religion, langue et une histoire nationale récente qui reste à construire malgré son héros tutélaire Abdelkader et ses " martyrs".

 Arrivée sur le Pont d'El Kantara. Là toutes les considérations sur l'Histoire humaine s'effacent devant la beauté immuable, écrasante de la nature qui n'a pas encore  laissé l'homme la défigurer. Pour la 1ère fois, sur ce Pont, j'ai ressenti le vertige, je me sentais comme happée. J'ai pris la photo en me collant contre le parapet pour exorciser ma peur du vide. Cet épais parapet de pierre est d'ailleurs visible sur la photo, au coin à droite. Dommage ! le Rhumel au fond du gouffre dans une brume légère de Mars était saisissant de beauté ! L'eau coulait  bleutée dans un écrin de verdure tendre de printemps, éphémère sur ces rochers.

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    Peu après, hélas ! en longeant la gare, nous sommes entrées dans le monde moderne !

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Le long de la gare. La statue de Constantin est toujours là. La gare paraît inchangée.

 Embouteillages, foule de voyageurs qui se pressait vers les cars puisque les trains étaient à l'arrêt pour d'obscurs motifs de sabotage écologique. Bousculades sur des trottoirs étroits, défoncés, pleins d'orniéres, l'air saturé de gaz de tuyaux d'échappement, vrombissement des moteurs en marche des cars stationnés en nombre le long du trottoir, face à la gare, appels affolés des familles pour rameuter les petits en vacances scolaires. Rien ne m'a découragée. J'accélérais le pas vers le viaduc de Sidi Rached. Dans la cohue, Zina effarée se frayait difficilement un chemin derrière moi.
Au début du Pont, le flot de voyageurs était derrière nous, la circulation devint plus fluide, l'air plus respirable, le paysage impressionnant de beauté mais les cigognes et leurs nids que j'espérais avaient complètement disparu. Elles avaient déserté les toits de la vieille ville, hérissés d"antennes et de paraboles.
Je les retrouverai avec bonheur un peu plus tard sur la route du sud vers Biskra, à Ber Ghbalo et à Sidi Aissa.


    Magnifique promenade pélerinage sur le Pont de Sidi Rached.

 Sur le pont de Sidi Rached, j'ai découvert une ville toute en contrastes,  une ville à l'image de tout le pays " en devenir ". D'une balustrade du pont à l'autre,  d'un côté, l'extraordinaire et ambitieuse réalisation futuriste du Pont transrhumel et de l'autre côte à côte, de part et d'autre du Rhumel, sur les deux rives opposées  2 villes, 2 univers, 2 mondes, 2 modes de vie. Modernisme d'un côté, Moyen Age misérable de l'autre si les paraboles et le  style sport américain des vêtements d'homme exposés à même le sol ne rappelaient pas que nous sommes au  XXIème siècle.
 Et c'est d"abord le Pont en voie d'achèvement qui attira mon attention: Un chantier pharaonique !
                        
                                
  D'un côté le viaduc en voie d'achèvement !

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  Et de l'autre !

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  Mais là aussi contraste frappant entre les immeubles à étages récents  construits sur un terrain aplani et stabilisé, avec une large route de circulation, sur une rive du Rhumel et les maisons très anciennes de la vieille ville arabe, la Souika, sur le bord extrême du gouffre, comme si elle allaient y plonger, sur l'autre rive. Parmi les ruines, quelques maisons semblent avoir été restaurées et en assez bon état. Ce qui ne sera pas le cas un peu plus loin avec la misère qui  suinte même des murs. Que cela ne nous empêche pas d'admirer cette merveille de la nature et le génie des hommes qui ont construit au bord du vide, sur une terre sismique et capricieuse.

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  En contre-bas, la vie des petits d' homme continue avec ses régles de jeu, sa hiérarchie, son donneur d'ordre et les autres qui suivent en ligne de petits soldats. J' ai vu aussi, très inquiète, ces enfants courir derrière leur ballon de foot jusqu'au bord du gouffre. On voit sur la photo, en ombres projetées,  Zina et moi derrière la balustrade.
  Img 0389Des ruines  et la Nature qui reprend ses droits par dessus !
 

 Un dernier regard "zoomé" d'un côté sur le nouveau pont. De l'autre côté, la vieille, très vieille ville, au bord de l'effondrement  qu'il faut étayer !
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  Mais où la vie tant bien que mal continue. En attendant l'évacuation des habitants pour la restauration de ce patrimoine. Img 0397Img 0398
 
Sur cette photo le moucharabieh traditionnel dans l'habitat arabe éclairé par une cour intérieure. Dans l'habitat haussmanien, des "rideaux de pudeur" ou" hidjab d'immeuble", comme je les appelle par jeu, protègent de la vue. Dans le nouvel habitat cubique que j'ai aperçu à Fort de l'eau, pas de balcons avec grilles en fer forgé, mais de simples fenêtres.
 
              
  Ombre projetée de cette jolie balustrade ci-dessous.
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.Je  tenais à ces images ! Mon ombre est projetée depuis la balustrade du pont. Tuiles gauloises et pavés  romains "en échelle"
  
    Sur les toits à tuiles gauloises, plus un seul nid de cigognes !

 
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Je les retrouverai avec joie un peu plus tard sur la route du sud vers Biskra, à Ber ghbalo et à Sidi Aissa, 2 nids sur des pylones électriques et 2 autres sur des troncs écimés et j'enregistrerai le caquètement qui nous accompagnait partout dans mon enfance à Constantine et à Tlemcen.

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  Img 731 Claude et la "cousine" Djamila observent et écoutent.

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A Sidi Aissa et à Ber Gbalo. Les petites familles se sont perchées bien haut.